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Les premières nuits de séparation, même si ce n'est que d'un étage, furent très douloureuses pour papa. Toutes les nuits de la première semaine, il ne dort pas. Il fait des allers et retours entre le salon et sa chambre au premier étage. Il va voir maman, lui tenir la main, voir si elle dort, voir si elle respire bien. Le vendredi, je monte les rejoindre pour le week-end. Je trouve mon père épuisé et en pleine dépression. Maman n'arrive plus à marcher, il faut la soutenir pour passer de son lit à une chaise. Le soir, avec l'infirmière, on décide de commander un fauteuil roulant pour avoir la possibilité d'amener maman du salon à la cuisine et à la terrasse pour voir son jardin et ses fleurs. L'arrivée de ce fauteuil roulant fut un choc terrible pour papa.

Je visite à Montpellier, le jeudi 16 septembre, le « train Alzheimer ». Au cours de l'exposition, je vois une courbe sur l'évolution de la maladie. Maman se trouve au bout de la courbe, après il est inscrit : « décès du malade ». Mes jambes ont du mal à me porter, pour la première fois je me rends compte que maman va mourir. Le lendemain je remonte le week-end pour aider papa, toujours en dépression, et accompagner maman. Je lui donne à manger, lui lis des histoires, je la promène dehors sur son fauteuil roulant et le soir, une fois seul, je pleure en repensant à la « courbe de la maladie ». Le médecin de famille (je comprends pourquoi on a remplacé « de famille » par le mot « référant ») trouve maman faible. Il lui donne des compléments alimentaires. Il ne voit toujours pas que papa est en pleine dépression, d'ailleurs il ne pose aucune question ni même ne lui demande comment ça va. Le dimanche 26 novembre, comme tous les dimanches, papa fait un contrôle du diabète de maman. Elle a depuis très longtemps un diabète qui est stabilisé de 1,3 à 1,5 avec des cachets. Mais aujourd'hui son diabète est particulièrement élevé. On s'aperçoit que les languettes sont périmées alors dès le lundi, papa passe à la pharmacie pour commander de nouvelles languettes. Celles-ci ne se faisant plus, le pharmacien commande un nouvel appareil. Le mercredi, papa fait un nouveau contrôle de diabète, l'appareil sonne, papa ne sait pas le faire marcher et demande à l'infirmière du soir de faire un contrôle. Le diabète de maman est à 4, l’infirmière téléphone au médecin. Il demande à l'infirmière d'arrêter les compléments alimentaires (il dit avoir oublié de préciser qu'il fallait des compléments alimentaires sans sucre) et finit en précisant : je passerai demain.

Le lendemain matin, l'infirmière fait un contrôle du diabète qui est toujours très élevé et dit à mon père de ne pas s'inquiéter car le médecin va passer. Toute la journée mon père attendra en vain l'arrivée du médecin. Le soir, l'infirmière est outrée, elle ne pensait pas cela possible et rappelle aussitôt le médecin. Le vendredi 1er octobre, c'est une remplaçante du médecin qui vient voir maman. Elle l’hospitalise d'urgence à l'hôpital de Montélimar avec un diabète à 5.

Maman va rester 3 jours aux urgences avant d'aller en médecine générale, nous avons passé nos trois premières longues après-midi auprès de maman endormie. Le lundi matin, j'accompagne papa chez le médecin pour lui faire remplir un document, ce qu'il fit sans prendre des nouvelles de maman, ni même demander à papa comment ça allait. Je suis sorti furieux, très en colère de son cabinet médical et j'ai de suite demandé à un autre docteur de bien vouloir devenir médecin référent de mes parents avec bien sûr l'accord de papa. Le lundi après-midi, le médecin gériatre de l'hôpital nous dit que maman est dans un état très faible et qu'il faut l'opérer (le lendemain mardi) d'une escarre qui est infectée. Il nous précise que l'opération est un risque (par rapport à l'anesthésie) mais qu'ils n'ont pas le choix, il faut l'opérer maintenant. Je vais passer la nuit en sanglots. Le lendemain mardi, après 5 heures d'attente auprès de maman qui a les yeux mouillés de larmes (elle a pourtant le syndrome des yeux secs), un docteur nous apprend que l'opération est reportée au lendemain. Le mercredi à 14 heures, maman descend au bloc opératoire. Elle est remontée à 17 heures, elle reste endormie, les infirmières n'arrivent pas à la réveiller malgré tous les stimuli. Le jeudi 7 octobre au matin, maman se réveille et le vendredi, maman me dit « bonjour Rémy » ce qui me remplit de joie (c'est la dernière fois qu'elle prononcera mon prénom). Le week-end son état s'améliore, elle retrouve le sourire et quand le médecin gériatre passe la voir, le lundi à 14 heures, il nous dit « C’est très bien, elle a beaucoup de ressources, elle va nous étonner encore ».

Son état s'améliore, je lui amène des tissus de couleur, les tissus pour ses patchworks. Elle aime retrouver le contact avec ses étoffes qu'elle plisse avec beaucoup d'attention. Je lui fais la lecture, lui donne à manger lui caresse le visage et lui tiens la main. Papa sera présent toutes les après-midi auprès d'elle, il lui caresse les cheveux, l'embrasse en lui disant des "Je t'aime".

Maman a des difficultés pour trouver sa respiration (vendredi 22 octobre au soir). Elle respire en saccades. Le dimanche, voyant bien que cela fatigue maman, l'infirmière de l'hôpital nous dit attendre l'avis du médecin le lendemain. Dès le mardi, elle sera mise sous assistance respiratoire. Le jeudi, le médecin nous dit ne pas comprendre, ils lui font passer un scanner mais le samedi 30 octobre la dure réalité nous est présentée par le gériatre de l'hôpital : l'état de maman s'est très dégradé, elle ne veut plus se battre, elle vit ses dernières heures.

Il est impossible de retenir sa douleur dans de pareils moments. Le dimanche, maman a de grandes difficultés à respirer, elle a les yeux ouverts, le visage tendu elle a l'air de souffrir. Le lundi, maman dormira toute l'après-midi, sa respiration n'est plus bruyante, son visage reposé. Mardi 6 heures 40 du matin le téléphone sonne, l'hôpital nous apprend que maman est décédée ce jour mardi 2 novembre 2010 à 3H15. Nous nous rendons dans la matinée à la chambre funéraire de l'hôpital de Montélimar pour la voir. Maman a été libérée de son corps qui était devenu un fardeau.
Maman


Ce mardi, on ne sait que faire. Il faut pourtant annoncer la triste nouvelle. Cette journée fut longue ainsi que la nuit, je n'ai pas pu dormir les quatre nuits qui ont suivi le décès de ma maman. Le lendemain, il a fallu se rendre aux pompes funèbres qui nous ont annoncé que la première possibilité de crémation (c'était le choix de maman) était pour le lundi 8 novembre. Ce jour-là, la famille, les amis, les connaissances, tout ce monde présent fut un grand soutien. Je n'ai pas cessé de regarder toutes ces fleurs qui entouraient le cercueil, j'ai retenu mes sanglots.


Maman aimait rire, elle aimait les fleurs.
Aujourd’hui on pleure et les fleurs se fanent

annette 2nov2010

 

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